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Goudron drainant : moins de flaques, mais pas pour toutes les allées

Léandre Galletier-Perrin 7 min de lecture
Goudron drainant sur allée, moins de flaques et rigole d’évacuation

Le goudron drainant laisse pénétrer l’eau dans sa structure pour limiter les flaques et les projections. Ce revêtement, plus justement appelé enrobé drainant, est particulièrement intéressant sur les chaussées circulées. Pour une allée privée ou un parking, son intérêt dépend aussi des manœuvres, du support et de l’entretien : une surface poreuse ne suffit pas, à elle seule, à gérer les eaux pluviales.

Un revêtement poreux, pas un sol qui absorbe tout

Les expressions « goudron drainant », « bitume drainant » et « béton bitumineux drainant », ou BBDr, désignent couramment la même famille de revêtements. Le liant utilisé est du bitume, et non du goudron. Il maintient les granulats entre eux tout en préservant des espaces vides reliés, par lesquels l’eau peut circuler.

Infographie expliquant le fonctionnement du goudron drainant, le passage de l’eau et les limites liées au colmatage
Infographie expliquant le fonctionnement du goudron drainant, le passage de l’eau et les limites liées au colmatage

La porosité de l’enrobé drainant se situe entre 20 et 30 % selon sa formulation. Les granularités rencontrées comprennent notamment les 0/6, 0/10 et 0/14. Un bitume modifié par des polymères peut améliorer la cohésion du mélange et sa résistance aux sollicitations. Ces paramètres doivent être choisis ensemble, en fonction du trafic et des performances recherchées.

L’eau doit toujours trouver une sortie

Sur une chaussée à support étanche, l’eau traverse la couche de roulement puis rejoint une évacuation latérale. Dans une structure conçue pour l’infiltration, elle peut gagner les couches inférieures, puis le sol si celui-ci le permet. Drainage de surface et infiltration dans le terrain ne sont donc pas synonymes. Un sol peu perméable, notamment argileux, impose d’étudier une autre voie d’évacuation ou un dispositif adapté.

Comme la nervure d’une feuille qui organise les échanges, le réseau de vides doit rester continu jusqu’à son débouché. Pour examiner un projet, suivez mentalement une goutte : elle entre entre les granulats, descend jusqu’au support, puis rejoint quel exutoire ? Si le parcours s’arrête contre une bordure fermée ou dans un point bas sans sortie, la porosité du revêtement ne résout pas le problème.

La norme européenne NF EN 13108-7, publiée initialement en décembre 2006, encadre les spécifications des mélanges d’enrobés drainants utilisés en couche de roulement. Elle ne remplace ni l’étude du terrain ni le dimensionnement de l’ensemble de la chaussée.

Des bénéfices surtout sensibles sur les routes circulées

En évacuant l’eau présente en surface, l’enrobé drainant réduit son accumulation sous les pneus. Il contribue ainsi à limiter les phénomènes d’aquaplanage, les projections et l’éblouissement provoqué par les phares sur chaussée mouillée. Ces avantages n’annulent toutefois pas les risques liés à la vitesse, à l’état des pneumatiques ou à une pluie intense.

Sa structure poreuse atténue aussi une partie du bruit de roulement. Une réduction de 4 à 8 décibels est rapportée selon le pourcentage de vide et les conditions considérées. Ce résultat n’est pas une garantie acoustique universelle : l’état du revêtement et son colmatage influencent les performances.

Ces propriétés expliquent son utilisation sur les routes, autoroutes et voies rapides. Sur une allée résidentielle parcourue à faible vitesse, le bénéfice acoustique est moins déterminant. Le choix repose davantage sur la gestion de la pluie, les contraintes de circulation et la possibilité de maintenir les pores ouverts.

Il faut également distinguer trafic important et fortes contraintes locales. Un véhicule qui roule dans l’axe ne sollicite pas la surface comme une roue qui pivote sur place. Une formulation adaptée à une route fréquentée n’est donc pas automatiquement la meilleure pour une petite cour où les véhicules braquent chaque jour.

Allée, cour ou parking : comparer les solutions selon l’usage

Le béton drainant utilise du ciment, des granulats et de l’eau, tandis que l’enrobé drainant emploie un liant bitumineux. Sa porosité peut atteindre 20 %. L’enrobé classique, plus fermé, conduit surtout l’eau en surface vers des dispositifs de collecte. Le choix doit porter sur le fonctionnement de l’aménagement entier, pas uniquement sur son aspect.

Critère Enrobé drainant Béton drainant Enrobé classique
Gestion de l’eau Passage dans les pores puis évacuation ou infiltration Passage dans une structure poreuse adaptée Ruissellement vers les points de collecte
Usages à étudier Routes, voies circulées, certains accès Allées, cours et aménagements résidentiels Accès, cours et parkings selon dimensionnement
Manœuvres Vigilance sur les braquages répétés Formulation et dimensionnement à vérifier Formulation à adapter aux sollicitations
Aspect Texture ouverte, rendu minéral et bitumineux Choix de teintes et de finitions Texture généralement plus fermée
Entretien Prévenir le colmatage des pores Nettoyage périodique contre le colmatage Entretenir la surface et les évacuations
Hiver Surveillance et traitement préventif adaptés Compatibilité des traitements à vérifier Verglas toujours possible

Pour un parking, séparez les voies de circulation des places et des zones de demi-tour. Les braquages à l’arrêt et les efforts de cisaillement peuvent fragiliser un enrobé drainant. Une solution différente selon les zones peut être plus pertinente qu’un matériau unique partout.

Pour une terrasse ou un cheminement piéton, examinez aussi la rugosité, le confort de marche et la facilité de nettoyage. Le béton drainant offre des possibilités esthétiques intéressantes, sans être exempt d’entretien ni automatiquement adapté à toutes les charges.

Colmatage et verglas : les contraintes à anticiper

Terre, poussières et débris végétaux peuvent progressivement obstruer les pores. Le revêtement paraît encore intact, mais l’eau pénètre moins facilement. Les abords comptent donc autant que la surface : une allée recevant régulièrement la boue d’un talus demande une vigilance particulière.

  • Retirer les feuilles et dépôts avant leur décomposition.
  • Limiter les apports de terre depuis les massifs et les accotements.
  • Vérifier les sorties d’eau et les dispositifs latéraux.
  • Faire contrôler une stagnation inhabituelle après la pluie.
  • Employer une méthode de nettoyage compatible avec le revêtement, selon les préconisations de l’entreprise.

Un nettoyage trop agressif peut dégrader la surface ; déplacer les saletés sans les extraire ne restaure pas nécessairement la perméabilité. En cas de colmatage, demandez un diagnostic avant de multiplier les passages au nettoyeur haute pression.

L’enrobé drainant reste sensible au verglas. Son comportement thermique et la circulation de l’eau dans ses vides nécessitent une gestion hivernale adaptée. Sur les chaussées concernées, un salage précoce ou préventif peut être nécessaire. Pour un accès privé exposé au gel, faites préciser les produits compatibles et les modalités d’intervention : « drainant » ne signifie jamais « sans risque de glissance ».

Avant le devis, faire préciser le support et les engagements

Le prix ne se compare pas sérieusement sur le seul revêtement au mètre carré. Terrassement, évacuation des déblais, fondation, accès au chantier, bordures et drainage peuvent modifier fortement le montant final. Sans périmètre technique identique, deux devis ne décrivent pas nécessairement la même prestation.

Transmettez à l’entreprise la surface, les véhicules attendus, la fréquence des manœuvres et les problèmes d’eau observés. Demandez ensuite des précisions écrites sur les points suivants :

  1. La préparation du support et sa capacité à reprendre les charges.
  2. Le cheminement de l’eau, les pentes et les exutoires prévus.
  3. La formulation proposée et son adaptation aux zones de braquage.
  4. L’entretien, les réparations possibles et les garanties contractuelles.

Le goudron drainant est pertinent lorsque porosité, support et évacuation sont conçus ensemble. Pour une petite cour très manœuvrée ou un terrain difficile, mieux vaut comparer plusieurs structures que choisir uniquement sur la promesse de faire disparaître les flaques.

Léandre Galletier-Perrin

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